Buggy Apal à motorisation Renault

Buggy Apal à motorisation Renault

APAL, une histoire belge ...

(extrait du Bulletin Passion Moteurs Carrosseriesde février 2010 - texte JJ WEHRUNG)

A la fin des années cinquante, le jeune Edmond Pery (prononcer peuri ) enseigne l'art de la carrosserie dans un établissement scolaire technique de Liège. Afin de matérialiser ses capacités, il se lance en 1957 dans la fabrication de sa propre voiture, sensée refléter ses exigences et goûts personnels. Basée sur la plate-forme de la Volkswagen, son œuvre étonne par une ligne moderniste et innovante, dont l'élément le plus surprenant est constitué par un toit amovible en deux parties: cette solution sera adoptée bien plus tard par Chevrolet sous l'appellation "T-roof". Présentée lors un concours d'élégance à Chaudfontaine, la voiture remporte le premier prix dans sa catégorie.

L'un des élèves de Pery, Bruno Vidick, manifeste un intérêt tout particulier pour cette création, et les deux ne tardent pas à sympathiser. Dans une parfaite logique, ils en arrivent à envisager la fabrication commune d'un nouveau prototype. Ce projet arrive rapidement a terme dans un minuscule atelier de Herstal. Le joli coupé qu'ils viennent d'achever rappelle très nettement la Porsche Abarth dont les lignes d'influence méditerranéenne sont en rupture nette avec les standards anglo-saxons.

La voiture de Pery et Vidick comporte même certains avantages par rapport à la Porsche, en particulier au niveau du poids puisque sa carrosserie est réalisée entièrement en fibre de verre, la technique montante.

TOUS ENSEMBLE !

Le succès local est tel que tout le monde incite les deux créateurs amateurs à se lancer dans une production à plus grande échelle. Les Forges de Zeebrugge s'investissent en mettant à leur disposition gracieuse 600 m2 de locaux, dans lesquels la nouvelle société Application Polyester Armé Liège fait ses premiers pas. Bruno Vidick est désigné administrateur tandis qu'Edmond Pery prend en mains la direction technique. La production du coupé démarre en 1961. Les plates-formes neuves sont fournies par la société d'Ieteren, qui n'est autre que l'importateur VW en Belgique: celui-ci démonte des VW Coccinelle neuves et met les éléments mécaniques à la disposition d' APAL; les pièces non utilisées rejoignent les stocks des concessionnaires à travers tout le pays! Ces seules opérations abnégatives démontrent l'engouement et la confiance que l'environnement industriel porte au tout jeune constructeur. Le succès d'estime initial est largement confirmé par l'intérêt commercial puisque la cadence de production atteint rapidement deux exemplaires par semaine. Jusqu'en 1966, environ 150 exemplaires de l'APAL Coupé quittent les ateliers, dont une trentaine équipés du moteur Porsche 356. Conscient des performances de ces dernières versions, Pery n'hésite pas à engager deux de ses voitures1962 et 1963. Elles ne figureront jamais à l'arrivée, mais en Belgique plusieurs amateurs s'illustrent au volant d'une APAL, contribuant au renom national de la marque. Les 600 m2 des Forges deviennent notoirement insuffisants et l'entreprise déménage vers une usine désaffectée, à Blégny-Trembleur, tout près de Liège. Il semblerait que ce soit à ce moment là que Bruno Vidick quitte l'entreprise, laissant les pleins pouvoirs à Edmond Pery.

Ce dernier, grâce à leurs relations commerciales, se lie d'amitié avec Roland d'Ieteren, le fils de l'importateur, que l'activité dans le cadre de l'entreprise familiale mène régulièrement Outre-Atlantique, d'où il rapporte les dernières idées en vogue. C'est ainsi qu'il propose, en 1965, de se lancer dans la fabrication d'une monoplace de course à mécanique VW. La course de formule V est ainsi importée en Europe par APAL qui s'octroie de fait la plus grande part du marché avec 375 voitures vendues en moins de trois ans. Mais la production est brutalement stoppée par Edmond Pery lui-même, lorsqu'un pilote se tue sous ses yeux lors d'une épreuve sur le circuit de Francorchamps. Il se désintéresse désormais totalement de la compétition. L'usine continue simplement sur ses activités annexes, en particulier des transformations permettant de fluidifier les lignes de la Triumph Spitfire grâce à une proue aux phares carénés et un arrière de style "" Parallèlement, une version ouverte de la Renault 4 est également proposée, et ce avant-même que la Régie ne présente sa propre version "Air". Quelques véhicules utilitaires sont également disponibles, mais c'est surtout l'APAL Horizon qui surprend les connaisseurs: il s'agit d'un nouveau coupé deux places à l'élégance cette fois fort discutable; ceci se confirme avec un niveau de ventes désastreux atteignant péniblement dix voitures!

PHILOSOPHIE SOIXANTE-HUITARDE

C'est aussi à ce moment, en 1968 qu'un phénomène nouveau apparaît dans le monde automobile, avec l'avènement du buggy. Roland d'Ieteren, qui a eu l'occasion d'assister à cette vague automobile libertigène, convainc Edmond Pery de se lancer dans ce créneau porteur. Celui-ci s'inspire donc largement de ce qui se fait chez les yankees, mais personnalise suffisamment son dessin pour en faire une création originale. Là aussi, le succès est à nouveau au rendez-vous. Mais à la fin de l'année 1969, l'usine est ravagée par un violent incendie. Seules quelques coques de buggy sont sauvées in-extremis, tout le reste partant en fumée: les opportunités immédiates de faire perdurer une production reposent désormais sur le seul concept du buggy. Associée cette fois au Garage de la Cloche à Jemeppes sur Meuse pour favoriser les procédures d'homologation, la société APAL renaît rapidement de ses cendres. Les buggies APAL à mécanique VW inondent la Belgique, mais aussi l'Allemagne de l'Ouest, le Royaume Uni, les Pays-Bas… et, dans une moindre mesure, la France., où l'importation est confiée à la société Multimaco. En France, la concurrence est déjà rude avec plusieurs fabricants proposant des kits pour base VW. Multimaco sollicite alors auprès d'APAL une version transposable sur base Renault, à l'exemple du Buffalo qui connaît un succès inestimable.

N'ayant pas le temps d'étudier une base spécifique, Edmond Pery se retourne vers un autre artisan liégeois, Jacques d'Heur qui dirige la société MEAN.Celui-ci vient de proposer un kit futuriste, le Liberta, établi sur un châssis de sa conception. Caissonné est réalisé en mécano-soudure, ce châssis présente une rigidité à toute épreuve. Edmond Pery, moyennant quelques modifications de détail, adapte la coque du buggy sur cette base originale, puis livre la société Multimaco qui s'empresse de le faire homologuer par type en France, en fracassant quelques exemplaires sur le mur de béton de l'UTAC. Les démarches aboutissent le 27 juillet 1972. Il est intéressant de noter que cette homologation par type intervient six mois à peine après celle accordée au Buffalo: les buggies à base Renault ont donc pris en France plusieurs longueurs d'avance sur le commun de la production! En Belgique, la société APAL connaît plus de difficultés et doit argumenter sur le fait que son buggy type RN (pour Renault), en tout point identique, a déjà obtenu son sésame en France sous l'appellation Multimaco type R.

A côté de ce buggy malgré tout confidentiel, APAL propose plusieurs autre modèles sur les bases VW: Jet, Rancho, Corsa, Auki… et établit durant plusieurs années l'essentiel de son fond de commerce sur ce type de voitures distribuées à plus de 5000 exemplaires dans toute l'Europe. Lorsque l'ère glorieuse des buggies prend fin, vers 1980, APAL se lance cette fois dans la fabrication d'une réplique en polyester de la Porsche 356 spider qui connaitra, elle aussi, un succès indéniable puisque 700 ventes seront scellées avant que le modèle ne soit cédé à la firme française PGO. Quelques ultimes tentatives automobiles verront encore le jour sous forme de concept-cars comme la Francorchamps, ou de kits de transformation comme celui permettant de faire d'une Pontiac Fiero une Ferrari F40. Mais la carrière automobile de la société APAL est bel et bien terminée.

Il reste que beaucoup d'entre nous ont déjà, sans le savoir, dû poser leur séant dans une APAL, puisque cette société fabrique maintenant des équipements sanitaires pour les collectivités hôtelières, médicales ou pour les particuliers. En prenant votre bain, plus jamais vous ne pourrez regarder votre baignoire de la même manière: peut-être est-elle siglée APAL, un nom emblématique de l'histoire automobile belge!

Coupé HORIZON

Coupé APAL

Formule V

APAL MUSCHANG

Speedster APAL

Fiero F 40

Francorchamps

Mexican

Jet

Corsa

Auki

Court

Long

 

 



26/07/2010
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 21 autres membres